samedi 21 juin 2008

Les Rails du Cauchemar



Jenny Cried, jeune femme d’affaire pressée comme on en voit de plus en plus depuis le début du XXIème siècle, vient juste de quitter le siège social de la multinationale Walker & Cie. Elle consulte sa montre. 19H57. une fois de plus, le temps joue contre elle. Elle a encore du travail, mais elle le finira chez elle ; le patron n’a pas voulu qu’elle reste au bureau, il dit qu’elle travaille trop. Le pire, c’est qu’il a raison : hier encore, elle est restée travailler jusqu'à 3H00 du matin et avant-hier elle n’est pas rentrée chez elle. Mais elle ne peut pas ralentir le rythme ; elle doit répondre à une demande toujours plus croissante et le stress est à son comble. Elle avance sur le passage piéton sans même lever la tête, perdue dans ses pensées, sans même entendre les voitures freiner de justesse devant elle et les coups de klaxon à son égard. Elle traverse ainsi les rues de Lyon jusqu'à la gare La Pardieu. Là, elle achète un ticket de métro qui la ramènera chez elle, faubourg Lafayette. Elle s’assoit dans le hall d’attente dont la grande baie vitrée laisse voir partir les trains et déplie son ordinateur portable ; le métro ne partira pas avant 20H20, cela lui laisse un peu de temps pour travailler… 20H16 ; Jenny relève la tête de son écran, exténuée mais satisfaite. Elle s’autorise une courte pause et laisse son regard errer sur le hall : d’autres personnes assises autour profitent elles-aussi de ce répit pour avancer leur travail, d’autres préfèrent manger et elle aperçoit même une famille de hollandais-la pleine saison- qui débat bruyamment. Puis la jeune femme laisse tomber son regard derrière la vitre ; la nuit tombe peu a peu sur la gare. Elle parcourt un des rails des yeux : c’est le rail par lequel elle rentrera ce week-end pour rejoindre sa famille à Grenoble. C’est au moment où cette pensée s’installe que Jenny voit le « Lyon-Grenoble » passer devant la gare, lui arrachant un sourire au passage. Un sourire qui se transforme soudain en une grimace d’horreur. Une fillette, sortie de nulle part, avance sur le rail. Le train lancé à pleine vitesse. Choc. Fillette percutée. Cri.

Après cette seconde qui sembla être la plus longue de sa vie, Jenny, comme isolée du reste du monde, reprend violemment contact avec ce qui l’entourait ; elle s’aperçoit que c’est elle qui a crié et que tous les regards sont tournés vers elle. Personne, en dehors d’elle, ne semble avoir été témoin de la scène. Elle tente, encore sous le choc, de faire le récit du drame auquel elle a assisté aux personnes qui tentent de la calmer.

Quelques heures plus tard, elle se retrouve assise dans le couloir donnant sur le bureau du directeur de la gare dont le poste était entrouverte. Le directeur parlait à un commissaire de police à voix basse et Jenny ne peut que déceler quelques bribes de leur conversation :
« Aucune trace d’un éventuel corps, M. le directeur, … sûrement imaginé l’incident … peut être folle »

Un instant plus tard le policier sort et le directeur explique à Jenny qu’aucune trace d’un éventuel accident n’a été retrouvée.
« Vous avez sûrement eut un court moment de torpeur Melle, conclut-il.
- Vous me prenez pour une folle, c’est ça ? , questionna la jeune femme. »
L’homme ne répond pas tout de suite. Un silence gêné s’installe avant que le directeur ne reprenne la parole :
« Parfois le manque de sommeil …
- Non, je n’étais pas sous l’effet d’un manque de sommeil, le coupa-t-elle. »

Sur ce, elle sortit du bureau puis quitter la gare, hèle un taxi pour rentrer chez elle, repensant à l’incident : elle est convaincue d’avoir assisté à la scène pourtant on n'avait pas retrouvé de corps. Des images, aussi nettes que des photographies, défilent dans sa tête. Elle est encore sous le choc lorsque le taxi s’arrête devant chez elle et lorsqu’elle ferme la porte de son appartement à double tour. Elle s’appuie alors contre le battant et respire profondément. Peut-être que le directeur de la gare avait raison. Peut-être que la nuit et le stress lui ont joué quelques tours …. En tout cas, elle ne doit plus penser à cette affreuse histoire, car son travail va bientôt requérir toute son attention. Elle décide alors d’allumer son poste de télévision afin de se changer les idées. Elle zappe quelques instants sur différentes chaînes, puis s’arrête sur son feuilleton à « l’eau de rose ».

Tout à coup, elle semble entendre un bruit qui n’a pas l’air de sortir du poste. Un bruit à peine perceptible, puis qui grossit, enfle : c’est un rire, un rire pur, cristallin, innocent. Jenny est à nouveau prise d’une terreur absolue. Elle hurle, recroquevillée dans son canapé. Puis le bruit se stoppe net. La jeune femme esquisse un geste, puis se lève et commence à fouiller son appartement en totalité : chaque recoin, chaque cachette possible est explorée, mais pas de trace du propriétaire de ce rire. Jenny s’affole, ne sait plus que faire: devient-elle folle ? doit-elle appeler un proche ? Non, elle doit se sortir seule de ce pétrin et surtout, elle n’a aucune envie qu’on la prenne à nouveau pour une personne dérangée. Elle se couche, tentant de se calmer. Il est 01h04 à son réveil ; il faut qu’elle dorme tout de même un peu plus…

Mais le sommeil reste long à venir et lorsqu’il arrive enfin, c’est pour plonger la jeune femme dans une semi-torpeur peuplée de cauchemars, même cauchemar qui repasse en boucle : sous un ciel de feu, une fillette traversant le rail et percutant le train lancé à pleine vitesse. Jenny se lève en sursaut, toute en sueur, la respiration saccadée avec l’impression de n’avoir pas dormi. Son réveil indique 10h23. Déjà ? Pourtant, elle n’a pas la force de se déplacer jusqu’à son lieu de travail.

Elle se lève d’un pas mal assuré, attrape le téléphone et appelle son bureau pour signaler qu’elle travaillera chez elle.

Elle se prépare alors un café bien serré pour se remettre de sa nuit.
Elle s’assoit ensuite dans le fauteuil de son salon pour boire sa tasse. Elle se sent mal, comme observée, la panique la gagne et elle se sent au bord de la crise de nerfs. Après avoir fini son breuvage, elle retourne poser sa tasse dans la cuisine. Alors qu’elle passe dans le couloir encore plongé dans une douce obscurité –les volets étant encore fermé dans l’appartement- elle semble distinguer le pan d’une robe disparaître dans sa chambre. Horrifié, elle lâche sa tasse qui se fracasse par terre. Elle reste tétanisée, haletante.
Sa première réaction est de prendre ses jambes à son coup.

Elle sort de chez elle a toute allure, encore en robe de chambre, se réfugiant dans un placard sous l’escalier intérieur de l’immeuble où s’entassent serpillières et balais. Là, elle reste pendant un long moment, la respiration difficile. Elle ne saurait dire combien de temps elle a passé ici, recroquevillée dans le noir. Torturées par d’horribles pensées, elle décide de réagir : elle ne peut rester en ce lieu ; elle doit rejoindre au plus vite la maison de ses parents…

Elle remonte dans sa chambre avec milles précautions. Elle attrape de quoi s’habiller et se muni aussi de son sac à main, ainsi que d’une arme ; un Sig Sauer 9 mm qu’elle a acquise lorsqu’il y a quelques temps, elle se croyait suivi par de dangereux personnages…

Après s’être habillée dans la cage d’escalier, elle prend le chemin de la gare d’un pas affolé, se retournant fréquemment. Elle trouve un taxi libre qui lui fait gagner La Pardieu. Elle achète un ticket pour Grenoble : par chance, le prochain train part dans cinq minutes...

Quelques instants plus tard, elle s’assoit sur un siège peu confortable d’un des compartiments. Elle regarde la vitre du tain qui lui renvoie son image, l’image d’une femme épuisée, terrorisée : elle a l’impression d’avoir pris plusieurs années en quelques heures ; d’énormes cernes creusent sa figure. Pourtant elle ne préfère pas dormir et courir le risque de revivre les cauchemars de sa nuit précédente.

A un moment lors du voyage, elle se leva pour aller aux toilettes et traversa un compartiment vide, et c'est alors qu'elle la vit.

Elle hurla et se précipita dans les toilettes et s'y enferma, les larmes coulant sur ses joues, dans sa main se trouve le sig-sauer. Secoué de sanglots, elle n'entend pas le contrôleur l'appeler à travers la porte. Elle n'a qu'une idée en tête, seule la mort pourra la délivrer de ce cauchemar...


Nicolas et Cyril